La visite historique de Rachida Dati au Sahara marocain
La visite historique de Rachida Dati au Sahara marocain : un tournant culturel et diplomatique
AMC
2/18/20254 min read


Ce lundi 17 février 2025 restera une date marquante pour le Sahara marocain. La visite de Rachida Dati, ministre française de la Culture, dans les provinces du Sud – Tarfaya, Laâyoune et Dakhla – a non seulement consolidé les liens culturels entre la France et le Maroc, mais a aussi ancré davantage la légitimité historique et politique du Royaume sur ce territoire stratégique. Cette visite, qualifiée d’« historique » par la ministre elle-même, s’inscrit dans une dynamique post-réconciliation franco-marocaine et illustre un soutien diplomatique renouvelé à la vision marocaine du Sahara.
Tarfaya : entre patrimoine historique et innovation numérique
La première étape de ce périple symbolique a conduit Rachida Dati à Tarfaya, cité emblématique où l’écrivain-aviateur Antoine de Saint-Exupéry séjourna dans les années 1920. La visite de la forteresse Casamar, vestige colonial espagnol en cours de restauration, et du Musée Saint-Exupéry a permis de rappeler les liens historiques entre la France et cette région. Mais au-delà de l’hommage au passé, la ministre a annoncé un projet innovant : la création d’une collection numérique dédiée à Saint-Exupéry et au Sahara, accessible dans les 563 musées numériques de La Villette, dont six au Maroc.
Cette initiative, combinant patrimoine et technologie, vise à positionner Tarfaya comme un carrefour culturel pour les chercheurs et les touristes. En valorisant les archives liées à l’auteur du Petit Prince, la France et le Maroc renforcent leur collaboration dans la préservation de la mémoire commune, tout en modernisant l’accès à la culture.
Laâyoune : l’Alliance Française, symbole d’une coopération renouvelée
À Laâyoune, épicentre politique et économique du Sahara marocain, Rachida Dati a officiellement lancé le projet d’une Alliance Française. Ce centre culturel, qualifié d’« ambitieux et symbolique », ambitionne de devenir un pilier de la francophonie dans la région. Avec des cours de langue, des résidences d’artistes et des programmes éducatifs, l’Alliance ciblera les jeunes Sahraouis, les étudiants et les professionnels locaux.
La ministre a souligné que ce projet s’inscrit dans les engagements pris par Emmanuel Macron lors de sa visite d’État au Maroc en octobre 2024. En parallèle, la signature d’une convention avec la Fédération Royale Marocaine des Sports Hip-Hop (FRMSAFH) et une démonstration de breakdance par des jeunes locaux ont illustré la volonté d’ancrer la culture urbaine dans ce partenariat. Ces actions concrètes répondent à une attente forte des populations locales, souvent marginalisées dans les récits médiatiques internationaux.
Dakhla : l’éducation panafricaine au cœur des ambitions
Le clou de cette visite a été l’inauguration à Dakhla de l’antenne panafricaine de l’ISMAC (Institut Supérieur de Management et de Communication), dont les premiers étudiants seront accueillis en 2025. Soutenu par le Centre national du cinéma français (CNC) et des écoles de cinéma hexagonales, ce campus formera aux métiers de l’audiovisuel et ambitionne de devenir un hub créatif pour l’Afrique.
En associant éducation et soft power, la France et le Maroc exportent un modèle de coopération qui dépasse les frontières traditionnelles. Ce projet s’aligne sur la vision de Mohammed VI pour les provinces du Sud : faire de Dakhla un pont économique et culturel entre le Maroc et le reste du continent.
Une dimension politique assumée : entre soutien à l’autonomie et tensions avec Alger
Si l’aspect culturel domine les annonces, la visite de Rachida Dati revêt une portée politique incontestable. En utilisant le terme « provinces du Sud » – une terminologie chère à Rabat –, la ministre a explicitement soutenu le plan d’autonomie marocain pour le Sahara, approuvé par Emmanuel Macron en juillet 2024. Cette position, rompant avec la neutralité traditionnelle de la France, a provoqué la colère de l’Algérie, qui a dénoncé une « visite malvenue » et un « mépris de la légalité internationale ».
Pour Alger, cette démarche consolide le « fait accompli marocain » dans un territoire où le processus de décolonisation reste inachevé. Cependant, la réaction algérienne semble contre-productive : elle renforce la perception d’un isolement diplomatique, alors que la France, les États-Unis et plusieurs pays africains soutiennent désormais ouvertement la souveraineté marocaine.
Conclusion : vers une nouvelle ère pour le Sahara marocain ?
La visite de Rachida Dati marque un tournant dans la reconnaissance internationale du Sahara marocain. En investissant dans des projets culturels et éducatifs structurants, la France valide la légitimité de Rabat sur ce territoire, tout en répondant aux attentes des populations locales.
Trois enseignements ressortent de cet événement :
1. La culture comme outil diplomatique : Les musées numériques, alliances linguistiques et écoles de cinéma servent une stratégie de soft power à long terme.
2. L’Algérie en recul : Les condamnations répétées d’Alger peinent à masquer son incapacité à proposer une alternative crédible au plan marocain.
3. L’ancrage panafricain de Dakhla : En faisant de cette ville un pôle éducatif, le Maroc renforce son statut de leader continental.
Cette visite n’est probablement qu’un prélude à d’autres initiatives. Avec l’ouverture prochaine de l’Alliance Française de Laâyoune et le démarrage des cours à l’ISMAC en 2025, le Sahara marocain s’affirme comme un laboratoire de coopération culturelle et un modèle de développement régional. Reste à voir si ces projets sauront concilier ambitions politiques et attentes des populations sahraouies, dans un contexte où la jeunesse réclame davantage d’opportunités et de reconnaissance.
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